La Méditerranée et le défi d’une agriculture capable de s’adapter aux changements climatiques


Les changements climatiques et la globalisation des échanges posent les territoires et les peuples de la Méditerranée face à des défis de grande importance et complexité. L’agriculture est au centre de ces processus et, malheureusement, traverse une crise profonde qui concerne, en différents mesures, tous les rivages de la Méditerranée. Avec ce Manifeste, l’Alliance pour la Méditerranée propose la vision d’un futur de l’agriculture qui remet au centre du discours les racines et les caractères communs, dans le but d’accompagner une innovation qui renforce la résilience des territoires et les relations entre les communautés et les Pays.

Les caractères communs de l’agriculture de la Méditerranée

Les pays du bassin de la Méditerranée, malgré les différences, dans leurs agriculture ont toujours étés caractérisés par des caractères unifiant:

  • le climat, caractérisé par une longue période « sèche » et par l’absence de pluie en été, a déterminé le développement de grandes capacités techniques, liées à la nécessité de travailler dans des conditions de précipitations atmosphériques insuffisantes et d’utiliser
  • l’eau pour l’irrigation, là où c’était possible. Le changement climatique et l’augmentation de conditions d’aridité risquent de mettre en danger les équilibres agro écologiques consolidés.
  • la géomorphologie de la majorité des zones côtières, qui a déterminé la nécessité de travaux d’assainissement hydraulique et
  • l’aménagement du territoire pour permettre la pratique de l’agriculture.
  • une histoire commune d’échanges commerciaux, culturels, génétiques et techniques.

Tous ces facteurs ont établi des systèmes agricoles qui, malgré leurs différences, sont entre eux comparables au niveau de cultures, productions et habitudes alimentaires communes. On peut le voir aussi dans les différents paysages agricoles, où les histoires et les cultures se lient aux communautés locales et au récit des voyageurs qui, pendant les siècles, les ont parcourus et ont répandu une perception qui va au-delà des frontières.
Un paysage crée par 300 générations d’agriculteurs qui dans les millénaires n’ont pas produit seulement des alimentes, des matières premières (pour l’artisanat, l’industrie, l’énergie, la médicine…) mais aussi sécurité environnementale et qualité paysagère, c’est à dire culture.

La crise de l’agriculture dans la Méditerranée

Aujourd’hui, l’agriculture dans la Méditerranée traverse une crise qui se manifeste parallèlement dans une grande variété de phénomènes : crise alimentaire dans les pays du sud ; crise de surproduction dans les pays du nord ; déséquilibre dans les échanges commerciaux (cause de protestes par les agriculteurs du nord contre les accordes de libre échange, concernant par exemple les agrumes marocains or l’huile tunisien) ; déséquilibre dans le développement rural des régions du sud, avec des territoires abandonnés e des zones surexploitées (très souvent contrôlées par les capitaux du nord) ; salaires insuffisants ; travail au noir ; migrations etc…
Il s’agit d’une agriculture qui a perdu sono rôle multifonctionnel et a produit une évidente dégradation de l’environnement : érosion du sol et dégradation hydrogéologique, perte de biodiversité, désertification, pollution, gaspillage de ressources, exploitation excessive du sol.
Les changements climatiques et les guerres dans les régions du sud-est rendent la situation encore plus grave et contribuent à la destruction du tissu agricole.

Une future pour l’agriculture dans la Méditerranée

Pour surmonter l’actuelle crise, il faut reconstruire les liens avec les territoires et valoriser les caractéristiques de l’agriculture méditerranéenne. L’objectif commun est celui de réinterpréter, dans une vision moderne, son ancienne capacité de dialoguer avec la nature, pour trouver des formes d’adaptation et lutte contre les changements climatiques, d’amélioration de la santé des citoyens, de protection et valorisation du paysage, une valorisation culturelle et touristique qui tient compte de l’identité des populations locales. A ce but, il faut réaliser des politiques capables d’accompagner dans cette perspective les entreprises et coopératives agricoles, tant celles qui produisent les matières premières que celles qui les transforment, pour accéder aux marchés locaux, nationaux et internationaux.
La multifonctionnalité doit être un des objectifs de l’agriculture méditerranéenne, qui historiquement fait attention à la santé des personnes, à la qualité, à la conservation des ressources, aux valeurs du paysage. Pour décrire une agriculture finalisée au bien-être humain, qui arrive directement du champ à la table, aujourd’hui on parle de services éco systémiques, tandis qu’hier on parlait de « utilité et beauté ». Il s’agit d’un style de vie qui comprend aussi le « régime Méditerranéen », un symbole de qualité organoleptique et de bien-être humain qui est aujourd’hui connu dans tout le Monde et est appréciée par les citoyens.
Cette perspective peut devenir praticable si on supporte les agriculteurs à travers des politiques et des interventions, un échange de compétences et des bonnes pratiques à mettre en place dans les différents pays avec une vision commun à tout le bassin Méditerranéen. Cette vision doit poursuivre parallèlement des objectifs prioritaires:

  • stimuler la programmation et la gestion des systèmes agro forestiers, qui favorisent la résilience des systèmes semi-naturels et agricoles face aux changements climatiques – en considérant aussi les nouvelles pathologies que ces derniers diffusent. Tout cela se réalise à travers le partage de compétences et l’échange d’expériences concernant les cultures agricoles, la gestion de l’eau, le processus de transformation des produits capables de réduire l’exploitation de l’eau, de renforcer la biodiversité, de s’adapter aux changements climatiques;
  • rétablir la biodiversité des cultures méditerranéennes, composée par leurs anciennes variétés qui garantissent une plus grande qualité organoleptique et salubrité, à travers le renforcement de la diversification des productions méditerranéennes et des liens avec les territoires et les communautés;
  • contraster le processus d’exploitation des sols fertiles et la destruction des paysages côtières, à travers la protection et la valorisation des pratiques agricoles traditionnelles et des nouveaux modèles éco compatibles;
  • valoriser le régime méditerranéen et l’utilisation traditionnelle des ressources animales et végétales;
  • soutenir les entreprises qui s’engagent dans la conversion vers l’agriculture biologique et la certification des produits, en défendant par conséquence l’agriculture locale;
  • construire des modèles de coopération et des réseaux parmi les entreprises (tant de production de matières premières que de transformation) pour l’accès aux marchés régionaux, nationaux et internationaux.

L’Alliance pour la Méditerranée, avec ce Manifeste, s’engage à promouvoir des politiques et à participer à des projets qui visent à soutenir une agriculture méditerranéenne durable, caractérisée par la capacité de maintenir, dans les produits et les paysages, son historique multifonctionnalité.

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